Branchet à l’avant-garde de la sécurité patient : Quand l’intelligence artificielle rencontre le bloc opératoire mobile
Face à une complexité médicale grandissante et à la persistance des failles humaines, le paysage de la responsabilité civile médicale est en pleine mutation. Au cœur de cette transformation, l'assureur spécialisé Branchet déploie une stratégie audacieuse, plaçant l'intelligence artificielle (IA) et la simulation immersive au centre de ses dispositifs de formation et de prévention des risques. L'ambition est claire : non seulement endiguer la fréquence des réclamations, mais surtout ériger une culture de sécurité inébranlable au bénéfice ultime des patients.

Depuis plus de trente ans, Branchet s’est imposé comme un acteur incontournable dans l’assurance de la responsabilité civile professionnelle des médecins du secteur privé. Assurant aujourd’hui près de 8 000 praticiens, l’entreprise a une connaissance aiguë des risques inhérents à l’exercice médical, en particulier dans les spécialités à haut risque telles que la neurochirurgie, la chirurgie orthopédique, la chirurgie de l’obésité, la chirurgie plastique et reconstructrice, et la gynécologie-obstétrique. Si l’anesthésie-réanimation est moins fréquemment mise en cause, les sinistres qui y sont liés sont souvent d’une gravité considérable.
La mission de Branchet dépasse la simple couverture assurantielle. L’entreprise se positionne comme un véritable partenaire des médecins tout au long de leur carrière, offrant des services d’assistance d’excellence, y compris une ligne téléphonique d’aide médicale et médico-légale disponible 24h/24 et 7j/7. Consciente que la prévention est le pilier d’une pratique médicale sereine et sécurisée, Branchet a depuis longtemps investi dans la formation des médecins, identifiant cet aspect comme un levier essentiel pour l’amélioration des compétences, qu’elles soient techniques ou non techniques.
Plus qu’un “assureur”, un partenaire engagé pour une médecine plus sûre
Cette approche proactive porte ses fruits. En 2018, un praticien assuré par Branchet faisait l’objet d’une réclamation en moyenne tous les trois ans. Aujourd’hui, cette fréquence a diminué, passant à une réclamation tous les quatre ans. Cette évolution positive témoigne d’une amélioration des pratiques et d’une prévention des risques plus efficace, fruit notamment d’une meilleure organisation des soins, de procédures optimisées pour la communication et le travail d’équipe, d’une information patient de qualité supérieure, et du développement de formations par simulation axées sur les compétences non techniques.
Pourtant, un défi majeur persiste : 80% des événements indésirables graves sont imputables à des facteurs humains, et plus précisément à des déficiences dans les compétences non techniques, communément appelées “soft skills”. Ces compétences, qui englobent l’organisation, la communication, la conscience de la situation, la prise de décision, la priorisation des tâches et la gestion du stress, sont souvent sous-estimées dans la formation médicale traditionnelle, qui tend à privilégier la maîtrise des gestes techniques et l’utilisation d’équipements sophistiqués. Aux États-Unis, les données de l’assureur MedPro révèlent que les problèmes de communication sont un facteur déterminant dans 44% des réclamations pour faute médicale sur une période de dix ans.
Face à ce constat, Branchet et sa filiale Branchet Solutions ont conçu, en collaboration avec des médecins, un catalogue de formations multidisciplinaires. Mais l’innovation la plus marquante réside dans la création d’un centre de simulation itinérant, une véritable prouesse logistique équipée d’un bloc opératoire complet et d’un mannequin haute-fidélité. Ce “truck” de simulation sillonne la France, allant à la rencontre des soignants directement sur leur lieu de travail, évitant ainsi de perturber l’organisation des services hospitaliers. Après une étape inaugurale à Grenoble, le centre mobile a pris la route vers des villes comme La Roche-sur-Yon et Bordeaux.
L’approche de Branchet va au-delà de la simple mise en situation. Le centre de simulation est doté d’un dispositif audiovisuel avancé, avec des caméras et des capteurs audio enregistrant chaque session de formation. L’élément disruptif est l’intégration de l’intelligence artificielle dans le processus d’apprentissage. Une IA analyse ces enregistrements pour en extraire des points d’amélioration clés, notamment en matière de communication interprofessionnelle, de respect des protocoles, de gestion des alertes et des moments critiques.
Comme l’explique DG de Branchet, Philippe Auzimour, l’objectif de ces enregistrements et de l’analyse par l’IA “n’est en aucun cas juridique, disciplinaire ou lié à la défense en cas de litige”. Il ne s’agit pas de fomenter une culture de la sanction, mais bien de fournir un outil d’amélioration continue, à l’image de ce que font les compagnies aériennes ou les sportifs de haut niveau. Air France et Scandinavian Airlines, par exemple, enregistrent des centaines de vols et utilisent l’IA pour analyser des paramètres tels que l’inclinaison de l’avion au décollage ou les turbulences, dans le but d’optimiser leurs procédures. Les chirurgiens qui enregistrent déjà leurs opérations le font principalement pour analyser leurs gestes techniques.
L’IA développée au sein du truck de Branchet Solutions, en collaboration avec cinq internes du CHU de Grenoble et trois techniciens, apprend à identifier des moments clés dans les simulations grâce à un système de “taggage” des images. Au fil des analyses, la machine devient capable de repérer des éléments tels que les erreurs de checklist, les erreurs de côté potentielles, les saignements, les interruptions de tâches (comme l’ouverture fréquente des portes, un facteur de risque d’infection), ou encore les moments où l’attention de l’équipe semble se détourner du patient. Le débriefing post-simulation, assisté par cette analyse objective de l’IA, permet aux praticiens d’identifier leurs forces et leurs axes d’amélioration de manière personnalisée et sécurisée, le son des voix étant parfois modifié pour garantir la confidentialité et un climat d’apprentissage positif.
De l’aéronautique à la médecine : l’IA et la simulation au service de la sécurité des soins
Cette approche s’inspire du succès de la simulation dans le secteur aéronautique, où elle a largement prouvé son efficacité pour améliorer la prise de décision et la gestion du stress des pilotes. En transposant ce modèle au monde médical, Branchet crée un environnement d’apprentissage où les professionnels de santé peuvent répéter des scénarios d’urgence et perfectionner leurs techniques sans risquer de mettre un patient en danger. Les scénarios sont développés par des experts, dont les professeurs Albaladejo et Picard, pionniers en France sur la question des soft skills liées à la sécurité au bloc opératoire.
Parallèlement à la simulation enrichie par l’IA, Branchet s’intéresse de près au concept de la “boîte noire” dans les blocs opératoires. À l’instar des enregistreurs de vol dans l’aviation, ces dispositifs enregistrent et analysent en temps réel divers paramètres chirurgicaux (vidéos, audios, signaux physiologiques des patients, données des instruments) afin d’identifier les erreurs et d’améliorer la qualité des soins. L’hôpital Rigshospitalet de Copenhague, au Danemark, mène un projet de recherche européen sur l’intégration de la Black Box OR®, analysant son impact sur la résilience et le bien-être psychologique des équipes. Les “Black Box Moments”, réunions trimestrielles où les équipes médicales analysent collectivement des extraits vidéo d’opérations, ont permis d’identifier et de corriger certaines erreurs, d’améliorer la gestion des décisions intra-opératoires et d’optimiser le travail d’équipe. Il est crucial de souligner que, comme l’a précisé DG de Branchet, l’objectif de ces dispositifs n’est pas d’alimenter des procédures pénales ou de servir de preuve médico-légale. Au Danemark, par exemple, les données sont détruites après analyse et n’ont jamais servi à des fins de sanction.
L’intelligence artificielle ne se limite pas à l’analyse des simulations et des enregistrements au bloc opératoire. Elle s’impose progressivement comme un acteur incontournable dans de nombreux domaines de la santé. Aux États-Unis, 66% des médecins déclarent utiliser l’IA dans leur pratique quotidienne en 2024, contre 38% en 2023. Cette adoption rapide s’explique par les avancées technologiques en matière de diagnostic, d’analyse prédictive et de gestion des dossiers médicaux. L’IA est notamment utilisée pour automatiser des tâches administratives, documenter les codes de facturation, gérer les dossiers médicaux, rédiger des instructions de sortie et même assister dans le diagnostic. En radiologie, l’IA permet déjà une amélioration des dépistages de cancers et du diagnostic en général, contribuant ainsi à la baisse des erreurs diagnostiques. Des outils d’assistance à la consultation, comme Doctolib ou Microsoft Dragon Copilot, permettent de libérer du temps médical. Les hôpitaux utilisent de plus en plus des modèles prédictifs assistés par l’IA pour prévoir les trajectoires de santé des patients hospitalisés, identifier les patients externes à haut risque et optimiser la planification des rendez-vous.
L’essor fulgurant de l’IA en médecine : opportunités et défis
Cependant, l’intégration de l’IA dans le secteur médical soulève également des questions éthiques et juridiques importantes. La protection des données de santé sensibles et la garantie de leur utilisation éthique sont des préoccupations majeures. Les modèles d’IA peuvent présenter des biais algorithmiques s’ils sont entraînés sur des données non représentatives de l’ensemble de la population. Par ailleurs, la question de la responsabilité en cas d’erreur impliquant une IA reste un sujet complexe. Comme le souligne Philippe Auzimour, le partage de responsabilité avec le concepteur de l’IA promet de poser problème. Il est impératif de revoir les contrats établis avec les fournisseurs et éditeurs de dispositifs intégrant de l’IA pour s’assurer d’une couverture adéquate en cas de sinistre. Des travaux sont en cours au niveau de l’OCDE et du “CHAI” sur une réglementation de l’IA en santé.
Dr. Graham Billingham, Directeur Médical de MedPro Group aux États-Unis, avec qui Branchet collabore depuis dix ans, souligne que si l’IA ne remplacera jamais l’expertise des médecins, elle leur offre un outil puissant pour anticiper les risques, détecter des anomalies invisibles à l’œil humain et améliorer la qualité des soins. Il compare l’intégration de l’IA en santé à la construction d’un avion pendant qu’on le pilote, soulignant la nécessité d’apprendre à équilibrer les technologies. Pour lui, l’IA a le potentiel de diminuer la charge administrative, réduisant ainsi le risque de burn-out chez les professionnels de santé, et d’optimiser la relation et les soins aux patients. Il insiste également sur l’importance d’une “éducation de précision”, personnalisant la formation pour mieux maîtriser les compétences manquantes, et d’utiliser l’IA pour prendre des décisions plus éclairées. À l’instar des athlètes qui revoient leurs matchs, les médecins devraient pouvoir analyser leurs pratiques pour s’améliorer.
Le Pr Paul-Michel Mertes, Chef du Pôle Anesthésie-Réanimation au CHU de Strasbourg, travaille sur l’application du big data à la médecine péri-opératoire, notamment à travers le projet ADVENTURE, soutenu par la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation (SFAR). Cette étude explore l’apport du traitement du langage naturel (NLP) et de l’IA pour améliorer la gestion des risques et la prise de décision clinique en anesthésie-réanimation. L’objectif est de dépasser les limites de l’analyse humaine des événements indésirables en utilisant l’IA pour les détecter et les analyser plus rapidement et avec une meilleure précision. Les algorithmes développés, basés sur l’analyse de milliers de rapports d’événements indésirables, affichent une précision prometteuse dans la catégorisation des incidents. Au-delà de la détection, l’IA pourrait également transformer le processus de signalement et identifier des corrélations inattendues, ouvrant ainsi la voie à une médecine plus prédictive.
Pour Branchet, l’intégration de l’intelligence artificielle et la démocratisation de la simulation immersive représentent une opportunité unique d’améliorer la sécurité des patients et de réduire les risques médicaux. En plaçant la formation continue au centre de ses préoccupations et en adaptant les nouvelles technologies à la réalité professionnelle des soignants, l’entreprise ne se contente pas d’accompagner les médecins, mais révolutionne la formation en santé pour un exercice médical plus sûr et plus performant. L’initiative du centre mobile de formation, qui continuera son tour de France, témoigne de cet engagement concret sur le terrain.
En conclusion, Branchet se positionne comme un acteur clé de la transformation du secteur de la santé, en misant sur la synergie entre l’expertise humaine et les potentialités offertes par l’intelligence artificielle. Si les défis éthiques, réglementaires et techniques sont nombreux, l’adoption réfléchie et encadrée de ces innovations, combinée à une formation continue axée sur l’humain, ouvre la voie à une médecine plus sûre, plus personnalisée et, in fine, plus efficace au service des patients. L’engagement de Branchet dans cette voie préfigure une nouvelle ère pour la gestion des risques médicaux et la sécurité des soins.