Santé(e) et Territoires : Déserts médicaux et Santé connectée
Les déserts médicaux s'étendent, rendant l'accès aux soins difficile, surtout en zones rurales. Face à ce défi, des solutions comme l'augmentation du nombre de médecins retraités actifs, la modernisation de l'exercice médical et la télémédecine apparaissent. Mais suffiront-elles ? Une réorganisation profonde du système de santé est nécessaire pour garantir un accès équitable aux soins pour tous.
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Les déserts médicaux, phénomène croissant et préoccupant, désignent ces territoires où l’accès aux soins devient de plus en plus difficile, touchant principalement les zones rurales et périurbaines. Ce phénomène est la conséquence d’une combinaison de facteurs : un manque de professionnels de santé, une pression démographique croissante et une évolution des attentes des médecins, notamment des jeunes générations.
Face à ce défi, de nombreuses solutions sont envisagées pour inverser la tendance. Des initiatives comme l’augmentation du nombre de médecins retraités actifs, la modernisation de l’exercice médical, et le développement de la télémédecine constituent des pistes prometteuses pour pallier ce manque de praticiens. Cependant, ces mesures suffisent-elles à résoudre le problème à long terme ? Cette situation exige une révision en profondeur des modèles d’organisation de la santé pour mieux répondre aux besoins des territoires concernés et garantir un accès aux soins de qualité pour tous.
La situation actuelle des déserts médicaux
La notion d’attractivité territoriale reste floue pour les médecins remplaçants ou les retraités actifs. Pour ces derniers, c’est un challenge positif à relever. Leur objectif est de s’engager dans les zones de déserts médicaux pour aider leurs confrères. Les médecins retraités actifs apportent une aide non négligeable dans les déserts médicaux. Depuis 2014, ils sont en augmentation régulière. Mais est-ce vraiment une solution ?
En moyenne, les retraités actifs sont âgés de 68 ans, avec une majorité de 80 % d’hommes. Trois quarts d’entre eux exercent en libéral, et la tendance semble perdurer. En 2019, ils représentaient plus de 40 % des effectifs des médecins retraités.
En 2017, le Conseil National de l’Ordre des Médecins a publié une étude sur les déserts médicaux. L’une des conclusions majeures est que les médecins étrangers ne choisissent pas plus les déserts médicaux que les médecins français. Leur nombre en activité régulière est en constante augmentation, atteignant 22 619, dont 62 % sont salariés. Le Plan Santé 2020 propose de réguler l’entrée dans les études médicales et d’envisager un accompagnement éthique des médecins étrangers.
Les jeunes médecins : un défi pour les zones rurales
Attirer les jeunes médecins en zone rurale est un défi majeur. La modernisation de la médecine est donc essentielle. Le papier, le secrétariat, les démarches administratives sont des repoussoirs pour les jeunes médecins. L’informatisation devient un véritable atout pour les jeunes praticiens. En effet, les conditions d’exercice de la profession du médecin ont profondément évolué. L’exercice libéral où le médecin est isolé dans son rapport quotidien avec les patients n’est pas un modèle qui fait rêver. L’exercice libéral seul attire donc moins. Ainsi, plusieurs collectivités développent l’exercice coordonné, le salariat de médecins, la réduction du temps d’exercice médical disponible (40h/semaine et pour certaines 4J/semaines), facilitant l’installation des praticiens sur le territoire.
La télémédecine un levier pour réduire l’isolement
Le patient devient acteur de son propre parcours de santé. Il s’engage activement, souvent avec enthousiasme, dans le développement de la télémédecine, en comprenant bien les enjeux de cette nouvelle approche. Cette évolution repose sur une relation de partenariat entre patient et soignant, dans un modèle gagnant-gagnant. Les solutions proposées par la télémédecine et objets connectés pour lutter contre les déserts médicaux sont devenues multiples et gagnent en efficacité. Le partenariat public-privé s’organise et les barrières séparatrices « de secteur » tombent pour une médecine connectée transversale.
Une répartition des efforts est facilitée par la mise en commun de moyens (dossier médical personnalisé, téléconsultation, réseau, maillage territorial) et du personnel soignant. Les acteurs du territoire en particulier les agences régionales de santé (ARS) se positionnent favorablement en faveur de ces modifications.
Depuis cinq ans, plusieurs acteurs se sont positionnés : des agendas en ligne, des outils connectés, des dossiers sur des cloud, sur des tablettes et des téléphones, des start-ups de remplacement médical, de sourds et malentendants pour la vision, d’équipement mobile en santé, des sociétés de télémédecine, d’intelligence artificielle. Et surtout, l’envie des soignants de devenir plus mobiles, efficaces et engagés n’a jamais été aussi forte.
Jamais autant d’outils n’ont été disponibles pour les soignants et les patients. L’enjeu est désormais d’articuler ces ressources pour libérer les médecins et autres professionnels de santé, afin qu’ils puissent exercer plus facilement et de manière plus fluide.
Avec l’arrivée de la téléconsultation, une évolution – voire une révolution – de la médecine est en marche. Elle ouvre de nouvelles perspectives et solutions pour sortir de l’isolement des médecins dans les déserts médicaux. Parmi les innovations, on retrouve des cabinets médicaux déportés, des kiosques de bloc opératoire, des réseaux d’experts pour les pathologies aiguës. En mariant intelligemment les territoires et en respectant les intervenants, cette révolution redonne une dimension humaine à la médecine, en veillant toujours à ce que la technique reste au service de l’humain.
En conclusion, les déserts médicaux ne sont pas un problème isolé mais bien le reflet d’une crise plus vaste qui touche à la fois la démographie médicale, l’organisation du système de santé et les évolutions technologiques. Si des solutions comme le recours aux médecins retraités, l’amélioration des conditions de travail des jeunes médecins et la télémédecine apportent des réponses partielles, elles ne suffisent pas à elles seules à renverser la tendance. Pour répondre de manière durable à cette crise, une réorganisation profonde et une plus grande flexibilité de l’exercice médical sont nécessaires, en particulier en intégrant les outils numériques et en réinventant les modes de travail pour rendre les territoires ruraux plus attractifs pour les jeunes praticiens. Il est impératif que ces changements se fassent dans un cadre harmonieux, où les technologies, les politiques publiques et l’humain s’unissent pour offrir à chaque citoyen un accès équitable aux soins, peu importe son lieu de vie.
Pour en savoir plus : https://sante.gouv.fr/professionnels/se-former-s-installer-exercer/les-zones-sous-denses-en-offre-de-soins/zonage-medecin